« Nous sommes les 53% »

Je trouve particulièrement triste ce mouvement en réaction face au « we are the 99 % ». Triste pourquoi?

Triste parce que la plupart des personnes qui publient là sont des gens qui bénéficieraient justement d’une distribution des richesses plus importante, d’une plus grande justice sociale. La plupart sont des gens qui ont vécu ou qui vivent une vie difficile, sans assurances pour défrayer les coûts qu’imposeraient leurs soins de santé. Ce sont eux qui soutiennent que le mouvement de occupy Wall Street est inutile, contre-productif, antiaméricain, et généralement le fait de gens paresseux. C’est très triste, à mon avis, que des victimes d’un système injuste en soient d’ardents défenseurs. Est-ce que ça existe, un « syndrome de Stockholm social »?

Les 53 % s’imaginent que l’on peut se sortir de situations difficiles en travaillant fort, en se prenant en main et en étant responsable; ils en sont d’ailleurs dans bien des cas la preuve vivante. Les 99 % disent que c’est injuste que certaines personnes aient besoin de travailler 60 heures par semaine pour être à peine en mesure de payer un loyer modeste alors que d’autres font plus d’argent qu’eux simplement en récoltant les intérêts de leurs placements; que c’est injuste que la classe moyenne ait à payer un pourcentage d’impôts plus élevé que les riches (et super riches).

Les 53 % m’attristent parce qu’ils s’imaginent que d’être en faveur d’une de ces propositions implique qu’on doit être en désaccord avec l’autre. Comme s’il était impossible de valoriser le mérite individuel ET une la recherche de justice sociale. C’est pourtant le contraire : l’histoire du progrès social en est une de chaudes luttes, pas d’offrandes généreuses et gratuites. Contrairement à ce que les 53 % semblent supposer, ceux qui réclament une distribution de la richesse plus égalitaire ne sont pas une bande de fainéants refusant de travailler (quoi qu’il y en ait, certainement qui le sont), et ceux qui vivent dans l’opulence ne l’ont pas obtenus uniquement grâce à la sueur de leur front (quoi que l’effort ait joué un rôle prépondérant dans certains de ces cas). Contrairement à ce que les 53 % semblent supposer, demander un système où les moins bien nantis n’ont pas une vie aussi difficile ne dévalorise aucunement le mérite de leurs actions, de leur succès face à l’adversité.

Quand je lis ces 53 %, je vois un groupe de personnes qui ont réussi à vivre malgré les difficultés, soit en les vainquant, soit en les acceptant. Je vois des gens de caractère, et je les applaudis pour cela. Je les applaudis de la même façon que j’applaudis les personnes qui retrouvent le goût et la force de continuer à vivre après avoir perdu un enfant à cause de la maladie, d’un chauffard ivre ou d’un pédophile. Je serais franchement surpris d’entendre un parent endeuillé reprochant à d’autres parents endeuillés de se battre pour de meilleurs traitements; d’en voir accuser d’autres dans sa situation d’être « paresseux » et « chialeux » quand ils militent pour des mesures plus strictes concernant l’ivresse au volant; d’en écouter un prendre la défense des pédophiles en disant que c’est aux parents de vivre avec eux, pas à la société de les empêcher de sévir.

Franchement, les 53 % me surprennent.

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