Contre le vaccin pandémique?

Étape 2 du débat autour de la campagne de vaccination contre la grippe A : le débat autour de la vaccination spécifique à la pandémie de H1N1.

Définissons d’abord ce qu’est exactement une pandémie :

Une pandémie, c’est la propagation à l’échelle mondiale d’une maladie particulière contre laquelle les gens ont une immunité faible ou nulle. […] [D]e trois à quatre fois par siècle, pour des raisons inconnues, un changement radical du virus grippal A peut survenir et causer l’éclosion d’une nouvelle souche. Étant donné que les gens n’ont aucune protection contre la nouvelle souche, elle peut se répandre rapidement dans le monde entier et donner lieu à ce qu’on appelle une pandémie. Le virus de la grippe pandémique entraîne souvent de graves complications chez des personnes en santé, notamment la pneumonie ou la mort. Les trois dernières pandémies sont survenues en 1918-1919, en 1957-1958 et en 1968-1969. (ASPC — Agence de la santé publique du Canada)

On a donc affaire, dans le cas de la grippe A H1N1, à la propagation d’un virus contre lequel l’immunité de la plupart des gens est faible ou nulle. Les risques de complications sont donc plus élevés, même si à l’heure actuelle, cela n’est pas (encore) démontré (espérons que cela reste ainsi). Considérant ce que j’ai présenté lors de mon dernier billet, un vaccin pourrait réduire grandement les problèmes liés à la pandémie. Ce vaccin existe. Cependant, il est spécifiquement critiqué.

3 raisons sont généralement invoquées par ses détracteurs, bien résumées par Jacques Boisvert, microbiologiste :

  • On ne connaît pas bien ses effets secondaires.

Effectivement, ce vaccin n’a pas été utilisé massivement encore à travers le monde,  les seules « données cliniques chez l’humain provenant d’une étude de petite envergure sur l’innocuité et l’immunogénécité qui indiquent que le vaccin contre la grippe H1N1 est sûr et que la dose ainsi que la posologie choisies permettent d’induire une réponse immunitaire » (ASPC question 9, je souligne).

Cependant, « [e]n raison de l’évaluation prépandémique approfondie dont a fait l’objet le prototype de vaccin contre le virus (H5N1), une grande partie du travail nécessaire à l’autorisation du vaccin contre la grippe pandémique a déjà été effectuée. Les dernières données nécessaires à l’autorisation du vaccin contre le virus H1N1 ressemblent à celles qui sont requises chaque année pour approuver le vaccin contre la grippe saisonnière au Canada. » (ASPC question 10, je souligne.) De plus, le risque est reconnu par les autorités compétentes comme purement théorique, c’est-à-dire qu’il est possible qu’il soit réel, mais que rien n’indique pour le moment que ce soit le cas.

  • La vaccination est un risque inutile, puisque la maladie ne pose pas de danger sérieux.

Selon le site pandémiequébec (PQ), en effet, « la virulence de la grippe A (H1N1) se compare pour le moment, globalement, à celle de l’influenza saisonnière. » Pourquoi se faire vacciner alors si l’on ne se fait habituellement pas vacciner contre la grippe saisonnière?

Premièrement, parce que vous pouvez désormais être considéré comme un groupe « à risque » alors que vous ne l’étiez pas pour la grippe saisonnière : « cette grippe affecte particulièrement des groupes de personnes qui, d’habitude, résistent bien aux virus grippaux, comme les adolescents ou les adultes de moins de 50 ans normalement en bonne santé. » (PQ) De plus, en vous faisant vacciner, vous rendez la campagne de vaccination plus efficace (j’ai expliqué cela dans un autre billet). Deuxièmement, « [l]e virus de la grippe A (H1N1), en se répandant dans le monde, voit se multiplier les occasions de muter et de se réassortir, et pourrait acquérir, ce faisant, une virulence plus grande que celle observée actuellement » (PQ). La vaccination, en réduisant le nombre de malade, réduit la propagation, donc les chances de mutation. Troisièmement, si le virus venait réellement à muter, le vaccin pourrait théoriquement avoir « au moins une efficacité partielle contre une souche modifiée (dérivée) du virus de la grippe H1N1. » (ASPC, question 12.)

  • Le vaccin a été produit dans la hâte, ce qui met en doute la qualité sanitaire de chacun d’eux.

Des risques peuvent exister. Cependant, la hâte dont il est question ici ne semble pas affecter la qualité du vaccin : « [n]ous voulons terminer notre travail dans les plus brefs délais. Or, quand nous prétendons que nous accélérons le processus, cela veut dire en fait que nous voulons rationaliser le processus bureaucratique; il n’est pas question en effet de nuire à la qualité et à l’innocuité des vaccins. » (Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS.) D’autant plus que « [l]e Canada est l’un des rares pays au monde ayant pris les mesures voulues pour qu’un fabricant de vaccin mettre au point et fournisse un vaccin contre l’influenza pandémique dès qu’une nouvelle souche en cause sera identifiée grâce à un contrat de dix ans conclu en 2001 entre le gouvernement du Canada et ID Biomedical. » (INSPC) Le risque d’avoir affaire à un vaccin bâclé me semble assez faible, puisque nous semblons assez bien préparés à affronter une telle situation.

Il semble donc que 2 arguments contre la vaccination tiennent aux risques hypothétiques évalués : effets secondaires théoriques du vaccin et risque hypothétique de vaccins encore dangereux, parce que mal produits en laboratoire. Après mon évaluation, ils me semblent assez faibles. L’autre argument vient de l’évaluation réelle du risque de la maladie, qui est relativement faible. Cependant, le risque réel du vaccin est tout de même plus faible que celui de la maladie, même si cette dernière n’est pas très dangereuse : « [e]n date du 24 octobre 2009, un total de 1 779 cas hospitalisés dont 351 cas admis aux unités des soins intensifs (USI) et 185 cas ayant nécessité la ventilation de même que 92 décès ont été signalés depuis le début de la pandémie. » (ASPC) Bien pire que les problèmes réels liés au vaccin, qui sont les mêmes que ceux du vaccin de la grippe saisonnière, qui n’a jamais provoqué un décès. Les arguments pour la vaccination, en plus du risque réel de la maladie, sont les risques théoriques de mutation.

Les risques théoriques et réels liés à la vaccination sont faibles; ceux liés à l’absence de vaccination, eux sont élevés. De deux maux, je prends le moindre. Vous devriez faire de même. Mais chacun son tour!

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