Égalité des sexes et liberté de religion

Le débat n’est évidemment pas clos. On apprend que d’autres personnalités politiques appuient l’idée de Mme Marois sur la préséance de l’égalité des sexes sur la liberté de religion. J’ai effleuré la question dans un précédent billet.

Statue de Marie, la mère de Jésus

Statue de Marie, la mère de Jésus

Mme Josée Boileau, du Devoir, a écrit un article sur cette façon de procéder. Son point : comme « quasi toutes les religions reposent sur le postulat de l’infériorité des femmes », accorder « des exigences au nom de la religion » a le plus souvent pour effet que « c’est la religion qui prime au détriment des femmes ». Elle cite une analogie faite par le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité remplaçant le terme « femme » des demandes d’accommodements avec celui de « noir ». L’image est forte, je le concède. (Mais remplacez « femme » ou « noir » par « en français », et on se rend bien compte qu’on a affaire à tout un débat.)

Je réitère malgré tout ma position. La Déclaration universelle des droits de l’homme a été faite avec en tête à la fois a) une ouverture aux idées et cultures et b) le caractère fondamentalement libre et égal de chaque être humain. Dans l’absolu, chacun devrait traiter l’autre comme un égal « dans un esprit de fraternité » (art. 1). L’idée avancée par Mme Boileau et les autres est justement de permettre et d’encourager cet esprit présent dans la déclaration en affirmant que l’égalité des sexes est plus importante que la liberté de religion; donc qu’il serait acceptable de refuser à quelqu’un se vivre sa religion telle qu’il l’entend si cela remet en cause l’égalité des sexes. Même si l’idée peut sembler contre-intuitive, cela revient à bafouer le droit de liberté religieuse de certains pour permettre le droit à l’égalité de certains autres (certaines autres, dans le cas présent). Or, la déclaration est formelle à ce niveau :

Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés. (Art. 30).

Je veux être clair ici. Je ne suis pas sympathique aux attitudes le sexistes, racistes, ou discriminatoires sous une forme ou une autre. Je suis conscient qu’il reste encore beaucoup à faire pour régler ces problèmes. Cependant, la solution proposée par Mme Boileau me semble ultimement être contre-productive. Pas parce qu’elle est légalement indéfendable, comme le dit M. Pratte. Mais parce qu’elle va à l’encontre de l’ouverture aux idées sur laquelle repose la charte. Elle dit qu’une personne peut entretenir des convictions et exiger d’être respectée dans ces convictions dans la seule mesure où si ces convictions ne sous-entendent pas une inégalité entre les hommes et les femmes. Sinon, rien ne devrait obliger quiconque, ni l’état, ni la loi, à respecter ou faire respecter ces convictions. Je crois que le risque de discrimination envers les « religieux » serait réel, surtout si on croit Mme Boileau lorsqu’elle affirme que très peu de religions avancent l’égalité entre les sexes.

En gardant les différents droits sur le même pied d’égalité, on ne peut accepter que certains groupes ou individus en empêchent d’autres de jouir de leurs droits. Aucun jugement de cours ne donnerait raison à un musulman cloitrant sa femme sous prétexte que c’est dans le coran. Aucun jugement ne donnerait raison à un chrétien empêchant sa femme de voter sous prétexte que c’est dans la bible. Aucun jugement ne donnerait raison à un juif d’empêcher sa femme médecin de répondre aux appels le dimanche sous prétexte que c’est dans la Torah. Est-ce que ces situations se produisent? J’en suis certain. Est-ce parce que la loi le permet? Pas du tout. Je rappelle que les accommodements ne permettent pas aux religieux d’empêcher les autres de vivre librement. Ils leurs permettent de vivre leur religion sans être pénalisés pour le faire.

Le danger d’agir au détriment des femmes en accommodant les demandes ayant trait à la liberté religieuse n’est pas aussi grand que voudraient le faire croire Mme Boileau et les autres. Le cas des demandes de certains religieux d’être servis par des hommes va-t-il à l’encontre des droits des femmes? On peut soutenir que c’est le cas. Un débat peut et doit avoir lieu sur ce sujet; Mme Boileau et les autres devraient avancer des arguments au sein de ce débat. S’il est évalué que ces demandes vont à l’encontre du droit des femmes, ces demandes ne seront pas défendues par la loi.

La position que soutient Mme Boileau est qu’il ne devrait pas y avoir de tel débat. Les intégristes qu’elle dénonce le croient aussi. Lorsque le respect de droits fondamentaux est en jeu, c’est cette position qui est inacceptable. Si on veut respecter tous les droits de chacun, des débats surgiront. C’est inévitable, mais nécessaire. Et sain.

Une réflexion sur “Égalité des sexes et liberté de religion

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