Quand les policiers torturent, le pénis importe peu

Naked Wizard Tased By Reality par Tracy Anderson sur Vimeo. Merci à Patrick Lagacé.

La vidéo est vieille, la manchette est depuis longtemps oubliée, mais je crois que la question de l’utilisation de la force par les policiers reste toujours d’actualité.

Si vous avez vu la vidéo, vous connaissez la situation : 3 policiers plutôt costauds tentent de ramener à la raison un homme, Johnathan Felch, qui se balade nu durant le festival musical de Coachella, en Californie.  Il refuse de coopérer. Les policiers tentent de le maîtriser physiquement et de le menotter, mais l’homme se libère. Un des policiers utilise son arme de type « taser » d’abord à distance, puis à plusieurs reprises en l’appliquant directement sur la peau de l’homme.

On a tous parlé de l’appendice masculin plutôt modeste de Felch. Je demande pourquoi on ne critique pas davantage l’attitude des policiers. Dans ce cas, on est est bel et bien devant un cas de brutalité policière.

Vers 2 min 55, les policiers ont pratiquement maîtrisé Felch. L’un d’eux signale même à son collègue que la situation semble sous contrôle. Pourquoi, alors, à 3 min 00, un des policier se laisse tomber sur lui? Jusque là, on pouvait probablement justifier les agissements des agents de l’ordre : ils tentent de maîtriser un homme qui trouble l’ordre public et qui résiste à son arrestation. Il est normal que la douceur ne soit pas vraiment de la partie. Plus maintenant. L’homme, au sol, vient de se manger un solide coup de genou dans l’abdomen, et ce sans raison valable.

Mais le cas qui m’intéresse ici est l’utilisation du pistolet de type taser. À 3 min 05, le policier à casquette tire dans le dos de l’homme, qui s’effondre sous le choc électrique. On ne peut dire combien de décharges il a reçu exactement, mais le résultat reste : l’homme est au sol, presque inerte, durant 20 à 25 secondes. Aucun policier n’en profite pour lui passer les menottes. On peut critiquer l’utilisation du taser dans cette circonstance. D’autres méthodes auraient en effet dû êtres tentées.

Mais l’utilisation du taser, justifiée ou non, était incorrect. Le taser sert à neutraliser temporairement un sujet afin de faciliter sa maîtrise physique par les policiers :

Utilisé en mode projection, le [taser] agit sur les systèmes nerveux sensitif et moteur, et entraîne généralement une dysfonction motrice complète, appelée neutralisation neuromusculaire (NNM). Cette neutralisation neuromusculaire procure aux policiers un avantage temporaire (cycle de 5 secondes) dont ils doivent profiter afin d’appliquer une technique qui limite la liberté de mouvement de cette personne afin de la contrôler physiquement. (rapport concernant l’utilisation du taser par les policiers québécois, section 4.3.2, p. 17, je souligne)

Dès le moment où l’homme est atteint par les sondes, les policiers auraient dû se précipiter et profiter de la situation pour le menotter. Poursuivre les chocs sans intervenir physiquement « consisterait essentiellement à tenter de vaincre une résistance psychologique par l’application d’une douleur et se rapprocherait dangereusement de la torture. » (rapport section 4.3.2 p. 18, je souligne). La suite de la vidéo, où les policiers continue d’appliquer directement le taser (qui provoque alors « une douleur intense » [rapport section 4.3.2 p. 17]), montre que leurs méthodes s’approchent beaucoup plus de la torture que de la maîtrise physique d’un suspect. Suspect qui, soulignons-le, ne représentait pas un grand danger. Les chances qu’il cache une arme sont assez faible, vous en conviendrez.

*Pour ceux qui croient que les policiers ne sont pas intervenus pour éviter d’être à leur tour, sachez ceci. À moins que le modèle de taser utilisé par ces policiers soit dramatiquement différent de ceux utilisés par leurs confrères québécois, « l’électricité n’est pas transférée aux policiers intervenant directement sur le sujet » sauf si le policier touche directement une sonde ou la peau du sujet entre les deux sondes (qui sont à moins de 5 cm l’une de l’autre), dans lequel cas « la quantité d’électricité transférée au policier est beaucoup moindre [et] le policier sentira alors une douleur locale ou un inconfort qui se traduira par un réflexe de retrait. » (rapport section 3.2.4 p. 7).

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