Contrôle de foule

Récemment, et moins récemment, Steve Faguy a parlé du projet-pilote de la STM. Le projet, vous l’avez peut-être déjà remarqué, consiste à placer des rubans colorés dans le métro là où les portes de wagons ouvrent. L’objectif est d’indiquer aux voyageurs où se placer – et surtout où ne pas se planter – afin de rendre les échanges de passagers plus convivial et plus rapide (on parle d’un gain allant de 10 à 15 secondes par station). Actuellement, on peut apercevoir ces autocollants aux stations Berri-Uqam (directions Angrignon et Côte-Vertu) et Lionel-Groulx (direction Honoré-Beaugrand).

Selon lui, même si l’idée est théoriquement bonne et l’objectif louable, elle ne le convainc pas vraiment. Il offre trois raisons pour justifier son propos : elle semble condescendante, les autocollants se décollent déjà et l’effet inverse pourrait être provoqué, les usagers se massant avec plus d’efficacité exactement là où les portes s’ouvrent (et où on veut justement éviter qu’ils se trouvent à l’arrivée du métro).

Selon moi, toutes ces raisons ne sont pas suffisantes pour condamner le projet. Au mieux, elles sont des commentaires pertinents à considérer lors de l’implantation du projet. Au pire, elles ne sont simplement pas valables.

Je me dois d’être clair : je lis assidûment Fagstein, le blogue de Steve Faguy. J’aime beaucoup ses billets. Je partage la conception qu’il a de son « rôle » en tant que blogueur et de la mesure de responsabilité et d’imputabilité qu’il a vis-à-vis ceux qu’il critique. Mais quand je suis en désaccord, tout ça n’importe plus. À moins qu’on ne me propose un très gros montant d’argent ou une balle en pleine tête, je vais le dire. Steve, si tu désires me vire de l’argent, écris-moi un courriel. J’ai un compte pay-pal.

Souligner que l’idée est condescendante et paternaliste, comme ces « affiches montrant comment se laver les mains dans les salles de bain » me semble appartenir à cette deuxième catégorie. Tout d’abord, je ne vois pas pourquoi une affiche indiquant comment agir de façon correcte dans certaines situations est réellement condescendante. Au pire, elle peut nous sembler inutile. Comme l’avertissement « contenu très chaud » sur les gobelets de café. Dans ces cas-là, on peut toujours les tourner en dérision. Ou faire une blague déjà faite mille fois, du genre :

– Contenu très chaud? Ouf, une chance que c’est bien écrit,  j’allais le verser a) sur mes mamelons; b) dans mes culottes; c) dans la poussette juste là; d) sur ma crème glacée; e) sur n’importe quel endroit qui serait une mauvaise idée dû à la chaleur excessive du liquide, mais sur lequel de toute façon on ne l’aurait pas versé, parce que si on s’achète un breuvage chaud, c’est manifestement pour le boire avec précaution et rien d’autre.

Mais même si l’on considère que la pratique est paternaliste et condescendante, est-ce une raison suffisante de ne pas l’adopter si la situation l’exige? Dans son billet de novembre 2008, Steve Faguy demande « a-t-on vraiment besoin de se faire dire comment se tenir devant un train? ». Eh bien si la façon des usagers de se tenir devant un train fait perdre entre 10 et 15 secondes au train sus-mentionné à chaque arrêt qu’il fait, si elle empêche de laisser sortir 2 personnes du wagon à la fois comme le permettent normalement les portes de métro, si les passagers doivent réellement se frayer avec peine un chemin à travers la foule pour sortir du métro, alors la réponse est « oui, Steve, on a vraiment besoin de se le faire dire ». Alors à moins que cette raison ne soit le prétexte pour suggérer une autre façon, non-paternaliste, d’indiquer comment se tenir devant un métro, elle n’est pas valable.

Rappeler que les autocollants ne tiennent pas la route, par contre, appartient définitivement à la première catégorie. Effectivement, si la façon de mettre en place les indicateurs est de si mauvaise qualité qu’elle revient à ne pas en mettre du tout, il faut la revoir. Mais à moins de montrer qu’il est impossible pour la STM de convenablement mettre en place ces indicateurs, cette raison n’en est pas une de rejeter les indicateurs. Dans son billet plus récent, Steve Faguy souligne d’ailleurs que la STM utilise un adhésif plus puissant. Je présume qu’il est satisfait de la tournure des événements.

La dernière raison me semble fallacieuse. Oui, il faut s’assurer que l’effet inverse ne soit pas provoqué. Le billet de novembre de Steve Faguy montre les différents dessins testés par la STM. Celui-ci me semble particulièrement clair et devrait éviter le problème. Mais la STM ne s’est pas arrêtée à ce qui semble le plus approprié ici, et procède effectivement à des tests auprès des usagers pour vérifier lequel des trois dessins aura dans les faits l’effet le plus positif. Elle fait ses devoirs, et en ce qui me concerne, elle les fait très bien. Et j’ajoute que si on n’indiquait pas clairement l’emplacement de certaines choses afin d’éviter que certains n’utilisent l’information pour méfaire, on se garderait certainement d’indiquer où trouver les lances et alarmes d’incendie dans les polyvalentes, les boutons d’arrêt d’urgence dans les ascenseurs et les sonnettes dans les édifices à logements. Si les indicateurs apportent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent, on saura qu’il faut les utiliser autrement ou les éviter complètement. Dans tous les cas, le risque de dérapage soulevé par Steve Faguy (qui cite en fait Ed Hawco sur son blogue*) n’est pas une bonne raison de rejeter l’initiative prise par la STM.

Je suis disposé à me faire exposer pourquoi l’idée des indicateurs de la STM est une bien mauvaise idée. Mais dans la situation actuelle, je ne vois pas comment. Sauf si on m’apprend que les coûts d’implantation sont tellement grands qu’on devra réduite le nombre de trains dans le métro.

J’ai bien hâte de voir comment ce projet-pilote va tourner.

* Son argument repose essentiellement sur un (pré)jugement concernant les Montréalais, qui sont tellement plus centrés sur leur petite personne quand il en vient au transport en commun qu’il vaudrait mieux tuer dans l’œuf toute tentative d’amélioration de leur mentalité que de tenter le coup. Je ne vais pas critiquer plus en détail son billet. Je me contenterai de dire qu’outre le fait d’informer ses lecteurs d’une initiative de la STM, sa seule valeur est de montrer comment le défaitisme est un bien mauvais argument qui ne mène à rien de constructif. Dans cette lignée, on pourrait aussi affirmer que d’aider les héroïnomanes à se débarrasser de leur dépendance est une perte d’argent, puisqu’un très faible taux de réussite est observé. Ou encore qu’on devrait interdire aux malades d’entreprendre un traitement médical si leur chance de guérison est jugée trop faible. Je vous laisse construire vos propres exemples. Ed Hawco lui-même, dans les commentaires de son propre billet, reconnaît « qu’il vaut mieux, à tout le moins, essayer ». Voilà qui est plus sage. Je ne dit pas qu’il ne manque pas de courtoisie dans le métro; mais cela étant dit, ce n’est pas une raison de condamner une tentative d’en rajouter. Au contraire, c’est plutôt une raison de plus de célébrer une telle initiative.
Si vous désirez une réponse plus approfondie de la question, M. Hawco (ou n’importe qui d’autre, en fait), laissez-le-moi savoir. Ça me fera plaisir d’y voir dans un prochain billet.

2 réflexions sur “Contrôle de foule

  1. Je condamne pas le projet. En fait, je suis pour l’idée des projets-pilotes pour observer le comportement des usagers.

    C’est simplement que je ne pense pas que les usagers vont respecter ces indicateurs.

    Je ne suis aussi pas convaincu que les arrêts sont de 10 à 15 secondes plus longs à cause de cette problème.

    • Je crois justement que le projet-pilote sers à savoir si les usagers vont respecter ces indicateurs. Je crois en fait que le projet sert (ou devrait servir) à déterminer un moyen de créer des indicateurs qui seront respectés.

      Pour la question des 10 à 15 secondes, je n’en sais rien. Je me fie aux propos de Dominique Lemay, directeur sénior aux opérations métro de la STM, rapportés par The Gazette.

      Merci pour le commentaire!

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