La grève étudiante bafoue-t-elle le droit à l’éducation des étudiants? Partie 2 de 2 : la hausse des droits de scolarité bafoue le droits à l’éducation de bien pire façon que la grève étudiante

Vendredi dernier (dans la première partie de ce billet), j’ai amorcé ce billet en montrant que la question fondamentale que l’on doit se poser, c’est « la décision démocratiquement prise par une association étudiante de faire la grève, donc d’interdire à ses membres groupe d’assister à leurs cours, est-elle moralement justifiable? » J’ai ensuite soutenu que pour y répondre, on ne peut pas seulement évaluer si les droits de certains sont bafoués par la grève; il faut comparer l’importance des droits bafoués par le déclenchement de la grève à ceux de son rejet, et choisir l’option la plus respectueuse des droits de tous.

Je propose dans cette deuxième partie de montrer que les droits « bafoués » par la grève le sont de façon moins importante que ceux que bafoue son rejet. Mais juste avant, gâtez-vous avec un peu d’Infoman. :)

Faire la grève étudiante : les droits « bafoués »

Guillaume Charette soutient que la grève étudiante « bafoue » les droits des étudiants qui « sont davantage des consommateurs qui ont le droit de jouir de leur bien que des syndiqués, avait-il plaidé hier (jeudi) devant le juge. » (note : La Presse a modifié l’article de façon assez extensive depuis sa publication; même le titre n’est plus du tout le même. Voici l’article actuel; voici l’article dans le cache de Google [et sa capture d’écran si le cache est effacé] que j’ai consulté à l’origine pour écrire ce billet). On peut en effet dire que les étudiants qui sont actuellement inscrits dans un programme en grève ne peuvent pas bénéficier de leurs cours. Ce préjudice visible de façon plus frappante lorsque l’on pense aux étudiants qui ont voté contre la grève étudiante. On peut donc dire que le droit à l’éducation de ces individus est dans une certaine mesure « bafoué », à tout le moins limité, par la grève étudiante. Il faut cependant tout de suite remettre cela en perspective : on parle d’une limitation somme toute mineure parce qu’à la fois essentiellement temporaire et récupérable. Temporaire, parce que la grève se terminera un jour (quiconque soutient qu’elle pourrait se poursuivre encore plusieurs sessions, voire plusieurs années, n’est pas sérieux). Essentiellement récupérable, parce que le temps d’éducation perdu sera repris lorsque la grève se terminera; quelques éléments ne seront malgré tout pas récupérables (la location d’un appartement pour une durée plus longue et le temps durant l’été consacré à un emploi saisonnier, par exemple). Bien qu’on reconnaisse que le droit à l’éducation soit dans une certaine mesure brimé par la grève, il ne l’est pas dans une mesure comparable aux droits que l’on brimerait si on interdisait par exemple aux femmes (comme on l’a fait déjà dans l’histoire et comme c’est probablement encore le cas ailleurs) de fréquenter l’université.

Certains pourraient contester l’aspect « récupérable » du droit brimé en soutenant que la session pourrait être annulée. Je répondrais à cela que les risques que cela se produise sont très minces, voire carrément inexistants. La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, le disait elle-même dans cet article du Devoir intitulé « Pas question d’annuler la session, dit Beauchamp ».

Mais pour les besoins de l’argument, imaginons que ce soit le cas. Imaginons la hautement improbable situation où la session est annulée. Poussons encore plus loin et imaginons qu’aucune compensation monétaire ne soit accordée aux étudiants perdant ainsi leur session et imaginons en plus de cela que le gouvernement ne recule pas d’un seul iota sur sa décision. C’est le pire scénario possible pour les grévistes, et probablement celui qui aurait le plus d’impact négatif sur le droit à l’éducation des étudiants affectés. En effet, la perte de temps serait ici irrécupérable, et on aurait effectivement brimé le droit à l’éducation de certains. En plus de cela, les pertes financières seraient aussi irrécupérables : non seulement les droits de scolarité déboursés seraient perdus (il faudrait les payer à nouveau en entier pour recommencer la session), mais les autres frais de subsistances le seraient aussi (le prix de l’appartement pour quelqu’un provenant d’une région éloignée du campus, par exemple) et, de façon peut-être moins directement observable, une session sur le marché du travail (avec probablement un meilleur salaire) serait aussi perdue. Dans ce cas-ci, ironiquement, la grève aurait brimé le droit à l’éducation des plus démunis de façon plus profonde que celui des mieux nantis.

On se retrouve donc avec, à mon sens, une assez bonne idée de l’étendue des impacts négatifs sur les droits des étudiants qu’a la grève : dans le meilleur des cas, le droit à l’éducation aura été brimé de façon temporaire et récupérable. Dans le pire des cas, cas hautement improbable, on parle d’impacts négatifs plus profonds parce qu’en grande partie irrécupérables et financièrement plus dommageables, donc pire pour les moins nantis.

Ne pas faire la grève étudiante : les droits « bafoués »

On peut ici parler des droits à l’éducation si rien n’est fait pour empêcher la hausse. J’en ai déjà parlé, d’autres en ont déjà parlé : l’accessibilité aux études universitaires sera réduite, en particulier chez les moins bien nantis. À cela, il faut ajouter que le droit à l’éducation sera aussi ébranlé, en ce sens que les moins bien nantis qui décideraient d’en poursuivre le feront au prix d’un endettement plus grand, ce qui n’est pas neutre en ce qui concerne les droits fondamentaux. Pour le réaliser, imaginez si on demandait aux gens voulant se prémunir des soins de santé de payer une partie de la facture, mais de leur permettre de s’endetter pour maintenir l’accessibilité. On pourrait se gargariser tant qu’on voudrait de garantir l’accessibilité aux soins de santé pour tous, il n’en resterait pas moins vrai que les moins nantis s’en prémuniraient beaucoup moins que les plus nantis. On pourrait bien souligner que la santé est un investissement dans leur avenir (quand vous êtes en santé, vous pouvez travailler de façon plus efficace et rater moins de journées de travail!), ça ne rendrait pas l’impact sur le droit moins présent.

Indépendamment qu’il y ait grève ou non, il est clair que la hausse des droits de scolarité a un impact sur le droit à l’éducation; il n’est pas aussi grave que le serait interdire à certains groupes d’aller à l’université (l’exemple des femmes cité plus haut est toujours bon), mais c’est à mon avis plus important que ce qui est infligé aux étudiants actuellement en grève qui ne peuvent pas aller à leurs cours. C’est entre autres bien moins temporaire : la perte de quelques semaines (récupérée par la suite), une session (irrécupérable) tout au plus si on est particulièrement pessimiste contre un endettement plus grand sur toute la durée des études (pour ceux qui décident de s’endetter un peu plus) ou carrément le fait de renoncer à fréquenter l’université (pour ceux qui décideront de ne pas s’endetter). C’est aussi plus étendu dans le temps : les étudiants actuellement en grève contre tous les étudiants futurs (du moins, tant qu’un autre gouvernement ne baisse pas les droits de scolarité).

On pourrait me répondre que la grève n’est pas le seul moyen pour combattre cette hausse; que l’on pourrait très bien protéger ce droit à l’éducation accessible (combattre cette hausse) sans empêcher les étudiants d’aller à leurs cours. Ce serait franchement merveilleux que ce soit le cas. Ça ne l’est malheureusement pas. Il y a eu une grande manifestation à l’automne dernier; en 2010, les associations étudiantes ont refusé cette hausse, et le gouvernement ne voulait pas négocier d’autres mesures pour financer les universités. Des lettres, des études ont été produites. Des actions symboliques ont été faites. Encore aujourd’hui, peut-être même à plus forte raison aujourd’hui, ces actions se poursuivent. Le gouvernement ne bronche pas : il est hors de question que la hausse n’ait pas lieu. À ce moment-ci, il me semble bien malhonnête de dire que ne pas faire la grève étudiante n’implique pas de donner son accord tacite à la hausse des droits de scolarité.

Jusqu’à maintenant, il me semble clair que de ne pas faire la grève étudiante (et augmenter les droits de scolarité) implique de « brimer » le droit à l’éducation de façon plus grave que de la faire (et d’annuler l’augmentation).

Mais on pourrait souligner qu’il est bien possible que la grève apporte son lot d’inconvénients et de limitations des droits sans pour autant rapporter quoi que ce soit de positif, sans pour autant réussir à protéger le droit à une éducation accessible. Ça pourrait même aller jusqu’au pire scénario possible que j’ai évoqué plus haut (bien que l’annulation de la session semble être bien plus un épouvantail qu’une véritable possibilité). C’est vrai, rien n’est garanti. Bien entendu, si on s’arrêtait à cela, on condamnerait toute action qui exige un sacrifice dont l’issue est incertaine (bref, à peu près toute action). Mais l’objection reste pertinente.

En nous limitant à ce que l’on a présenté jusqu’ici, on se retrouve dans une situation particulière : si la grève réussit à obtenir ce qu’elle demande, elle aura été moralement justifiée (elle aura protégé de façon plus importante des droits en brimant de façon moins importante d’autres droits que si elle n’avait pas eu lieu et que la hausse était passée sans opposition et sans grève), mais si elle échoue, elle aura été moralement injustifiée puisqu’elle aura brimé des droits sans en protéger. Ironiquement, plus elle dure, plus elle a de chance de réussir, mais plus elle aura été moralement injustifiée si elle échoue. On est devant un authentique « quitte ou double » ici.

On peut tirer essentiellement trois conclusions de cette situation :

  1. Il faut poursuivre la grève étudiante jusqu’à la victoire;
  2. Il faut arrêter la grève le plus tôt possible pour limiter les dégâts;
  3. Il aurait fallu ne jamais faire la grève en premier lieu.

Considérant ce que l’on vient de présenter concernant l’atteinte au droit à l’éducation que la grève pose (relativement faible) comparativement à celle que la hausse pose (relativement élevé), considérant aussi la protection du droit à l’éducation que la grève défend (au moins un maintien de la situation actuelle) comparativement à la protection que la hausse propose (une situation pire que celle qui prévaut actuellement), il me semble que la conclusion 3 est inacceptable, du moins en ce qui concerne le débat actuel.

Mais le recours juridique de Guillaume Charrette va plus loin que cela. Si on adopte son point de vue tel qu’il le soutient ici [la citation n’y est plus; voir cette capture d’écran de la page en cache de google]: « les étudiants qui ont payé pour des cours doivent avoir le droit de les suivre même si leur association étudiante a voté en faveur d’une grève pour dénoncer la hausse des droits de scolarité », on soutient qu’on devait ne pas reconnaître la légitimité des grèves étudiantes. Pas seulement que cette grève-ci n’est pas acceptable, mais que les grèves étudiantes ne sont jamais légitimes. À mon sens, si on adopte cette position, on ne va pas seulement contre la défense de certains droits; on va à l’encontre de l’esprit même de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. »

On me reprochera de faire ce rapprochement. Tyrannie et oppression sont des mots peut-être un peu forts pour décrire l’attitude du gouvernement Charest dans cette décision de hausser les droits de scolarité. Pourtant, l’attitude de certaines administrations universitaires et du Conservatoire de Musique de Montréal, qui est totalement en accord avec les directives ministérielles, couplée avec l’utilisation de la force policière abusive lors des manifestations, nous permettent d’en douter; on peut certainement parler de tyrannie molle avec tout ce discours de juste part et de nécessité économique, mais c’est un autre billet. Dans tous les cas, l’essentiel reste là : si on cesse de reconnaître la légitimité des grèves étudiantes (ou, tourné différemment, si on continue à délégitimer ainsi les grèves étudiantes), il ne leur restera plus que la révolte, pas les manifestations pacifiques composées d’un historique 200 000 personnes, non, la vraie révolte comme au minimum des actes de désobéissance civile (bloquer des ponts, ça vous dit quelque chose?) et au pire du grabuge, pour se faire entendre. Ça ou le cynisme, qui semble être la raison principale qui permet à ce gouvernement de rester au pouvoir.

Les droits « bafoués » : à qui la faute, vraiment?

Bref, la conclusion 3 me semble être une bien mauvaise conclusion. Il reste donc les conclusions 1 et 2 : que devons-nous préférer : arrêter le tout et limiter les pertes ou poursuivre au risque de perdre encore plus? En d’autres termes : est-ce que le jeu en vaut la chandelle?

Je répondrais bien entendu « oui » à cette dernière question : il faut continuer le combat. Je pense avoir bien montré, ici comme dans plusieurs de mes billets précédents, pourquoi une éducation accessible, idéalement gratuite, non seulement vaut la peine, mais est tout à fait possible pour le Québec; d’autres l’ont fait encore mieux que moi. Je ne répéterai pas ces arguments; je ne répéterai pas non plus en quoi les risques pour certains de perdre leur session sont tout compte fait nuls. Je ne répéterai pas ici ce que l’on dit ailleurs, soit que les étudiants, s’ils poursuivent leur lutte, sont assurés de gagner. Tout cela, à mon avis, est suffisant pour dire qu’il ne faut pas lâcher, qu’il faut poursuivre la grève; que la conclusion 1 est la seule qui vaille.

Mais tous ne seront pas d’accord avec moi; ceux qui sont pour la hausse risquent de ne pas être en accord mon calcul des bénéfices apportés par une victoire de cette grève. Pour montrer que la conclusion 2 n’est pas la bonne, je suggérerai donc un dernier critère qui ne repose pas sur la valeur que l’on accorde à la cause soutenue par la grève celui du fardeau de la faute.

À mon sens, il est injustement distribué. Il faut en enlever une partie de sur les épaules des grévistes et du mouvement étudiants pour le placer au moins en partie sur celles du gouvernement actuel. Actuellement, on peut être porté à croire que toutes les conséquences de la grève sont entièrement imputables à ceux qui l’ont déclarée. Pourtant, c’est faux. Peu importe le litige, celui qui refuse ce que le premier a proposé n’est pas responsable de toutes les conséquences négatives qui découleront de son refus. Bien entendu, s’il avait simplement accepté la proposition, rien ne se serait passé; mais si le premier n’avait rien proposé au départ, rien ne se serait passé non plus. Par analogie, imaginez un souper de Noël en famille. Si un de vos oncles dit vouloir voter pour tel parti aux prochaines élections, et que vous lui répondez que vous voterez pour tel autre, à qui incombe la faute de la dispute familiale qui suit? Entièrement sur vous, qui n’auriez pas dû répliquer? Entièrement sur les siennes? Les deux réponses sont absurdes : d’un côté, on laisse entendre qu’il ne faut jamais être en désaccord avec les nouvelles idées (sous peine d’être responsable de toutes les complications en découlant) et de l’autre, qu’il ne faut jamais remettre en question le statu quo (pour les mêmes raisons).

Bref, il est clair que la grève étudiante a des impacts négatifs pour les étudiants. Clair qu’elle en a un peu plus chaque jour qu’elle se poursuit. Clair que, dans le cas virtuellement impossible où la session serait annulée, les impacts négatifs seraient encore plus grands. Mais est-ce que toutes ces conséquences sont vraiment la faute des grévistes et de leurs associations étudiantes? Le gouvernement, par sa fermeture d’esprit, par son refus de négocier, par sa position rigide et paternaliste, n’a-t-il pas aussi une part de responsabilité ici? Est-ce que les difficultés qu’un opprimé qui se soulève sont entièrement de sa faute? Ou est-ce que ceux qui refusent de l’écouter, qui refusent de discuter avec lui, qui refusent d’écouter ses objections et d’entendre ses suggestions n’ont pas une part de responsabilité aussi? Henry David Thoreau, le père de la désobéissance civile, celui qui s’est battu au côté des esclaves afro-américains contre son propre gouvernement, celui qui s’est rangé derrière le militaire pendu pour trahison après avoir tenté de les libérer du joug de leur oppresseur, celui qui a inspiré les moyens utilisés par les féministes du siècle dernier, a la réponse :

En général, les hommes, sous un gouvernement comme le nôtre, croient de leur devoir d’attendre que la majorité se soit rendue à leurs raisons. Ils croient que s’ils résistaient, le remède serait pire que le mal ; mais si le remède se révèle pire que le mal, c’est bien la faute du gouvernement. C’est lui le responsable. Pourquoi n’est-il pas plus disposé à prévoir et à accomplir des réformes ? Pourquoi n’a-t-il pas d’égards pour sa minorité éclairée ? Pourquoi pousse-t-il les hauts cris et se défend-il avant qu’on le touche ? Pourquoi n’encourage-t-il pas les citoyens à rester en alerte pour lui signaler ses erreurs et améliorer ses propres décisions ? Pourquoi crucifie-t-il toujours le Christ — pourquoi excommunie-t-il COPERNIC et LUTHER et dénonce-t-il WASHINGTON et FRANKLIN comme rebelles ? (La désobéissance civile)

5 réflexions sur “La grève étudiante bafoue-t-elle le droit à l’éducation des étudiants? Partie 2 de 2 : la hausse des droits de scolarité bafoue le droits à l’éducation de bien pire façon que la grève étudiante

  1. Billet très intéressant !
    Vous menez admirablement le raisonnement et pointez du doigt le véritable cœur de l’affaire.
    Les derniers paragraphes sont les plus intenses, vous faites des analogies tout à fait éclairantes. Je crois qu’il est vraiment important de montrer que la comparaison même avec le « remède » et le « mal » est biaisée ; ce serait parler d’une réforme gouvernementale comme d’une arrivée d’extraterrestre, tombés du ciel, envoyés par le destin. Trop de discours politiques jouent aujourd’hui dans nos démocraties le jeu de la résignation à ce qui est plus fort que nous, à ce qui s’imposerait.

    Je parcours votre blog

    • Merci beaucoup! Je jetterai un œil sur votre blogue aussi. J’ai lu votre premier billet, et vous avez une belle plume et un beau projet!

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