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Aujourd’hui, je publie un billet qui n’est pas comparable à ce que je fais habituellement ici : une critique relativement technique sur un point de litige philosophique. Un collègue du cégep de Maisonneuve, M. Jean Laberge, a publié sur son blogue un article intitulé C.S. LEWIS EST-IL DANGEREUX? L’ARGUMENT SURNATURALISTE TIRÉ DE LA RAISON, où il présente un argument sensé montrer que la raison ne peut pas provenir du monde naturel, mais d’un monde surnaturel (essentiellement de Dieu). Je prévoyais simplement commenter sur son blogue, mais le résultat comprenait trop de caractères, alors j’ai décidé de le présenter ici. Voici donc ma réponse!

Je n’ai pas lu le texte de Lewis ; ma réponse ne s’adresse alors qu’à votre présentation de son argument.

J’aurais plusieurs critiques à adresser à des moments précis de l’argumentation (en particulier lors de votre présentation de l’argument naturaliste). Je préférerai adresser une critique globale quant à la portée (et à l’intérêt) d’un tel argument. Auparavant, je veux toutefois concéder une « critique » faite ici à l’égard du naturalisme :

« L’argument de Lewis se base sur la raison humaine : nos capacités humaines rationnelles démontrent que le naturalisme, faisant appel à ses capacités en soutenant qu’elles résultent d’événements matériels, commet une sorte de pétition de principe. C’est-à-dire : on ne peut pas expliquer la cause naturelle de la raison, car, ce faisant, on la présuppose. En fait, la raison ne s’explique pas naturellement ; par conséquent, elle n’appartient pas à la nature, au sens où elle résulterait d’événements matériels, biologiques et chimiques en particulier ; selon Lewis, la raison serait issue de Dieu. »

Je concède : expliquer (ou justifier) la raison est nécessairement une pétition de principe. En effet, toute explication, pour être sensée, compréhensible, et potentiellement acceptable doit être rationnelle (c’est-à-dire respecter les règles de la raison, la logique si vous voulez). Expliquer de façon non rationnelle ne ferait aucun sens. Il suffit d’imaginer ce que serait une explication ne respectant pas le principe de non-contradiction pour s’en rendre compte. Cependant, cette critique n’épargne aucune conception de la raison : qu’elle soit d’origine naturelle ou surnaturelle, l’utiliser pour l’expliquer est une pétition de principe. C’est pourquoi ce passage : « la raison ne s’explique pas naturellement ; par conséquent, elle n’appartient pas à la nature » pourrait être aisément transformé par « la raison ne s’explique pas surnaturellement ; par conséquent, elle n’appartient pas au monde surnaturel ». Dans les deux cas, on a un argument bien faible. Peu importe notre position, on se trouve en quelque sorte devant une impasse et on ne peut trancher le débat. On pourrait alors dire qu’ontologiquement, le statut de la raison est incertain : impossible de savoir avec certitude si elle est de source naturelle ou surnaturelle.

Ma critique, c’est que cette incertitude est sans effet. Fondamentalement, on peut être incertain de plein de choses de la même façon. Nicolas Malebanche nous a présenté une conception de la causalité comme étant, à chaque fois, l’intervention divine (l’occasionnalisme). Peut-on être certain que ce n’est pas dieu, ou que c’est effectivement dieu, qui agit à chaque fois qu’on observe un effet ? Non, pas vraiment. Et ce n’est pas grave non plus. Pourquoi ? Peu importe la source ontologique de l’effet (ou de la raison), ce qui se produit et ce que j’observe est identique. Si je mets ma main dans le feu, je me brulerai, que ce soit à cause de l’intervention d’un élément surnaturel ou naturel ; de la même façon, l’application correcte et prudente de ma raison me permet de comprendre (et de prédire) des évènements, peu importe qu’elle tire sa source du monde naturel ou surnaturel. Pour s’amuser, on peut multiplier ainsi tant qu’on le désire les intermédiaires surnaturels; tout ce que l’on réussira ainsi à faire, c’est de rendre l’explication moins claire en l’alourdissant et la complexifiant inutilement.

Bien que devant cette situation, on puisse justifier également soit que le monde surnaturel existe et affecte le monde naturel, soit qu’il n’existe pas, une seule de ces deux positions est productive pour améliorer notre compréhension du monde naturel : le naturalisme. Sans l’avoir voulu (je présume), vous justifiez de très belle façon cette affirmation en soulignant que « pour réfuter le naturalisme, il suffit donc de prouver qu’il existe quelque chose qui ne s’explique pas par la nature. » Devant une situation mystérieuse qui semble échapper aux lois naturelles que l’on connaît, le surnaturaliste voit une preuve qu’il existe un monde surnaturel (dont la compréhension nous échappe), alors que le naturaliste cherche une nouvelle loi naturelle. Les connaissances que l’on a aujourd’hui à propos de notre monde sont le fruit des efforts de ceux qui supposait que les mystères pouvaient être résolus, des naturalistes donc, pas de ceux qui supposaient qu’ils étaient impénétrables.

En ce sens, oui, le naturalisme est autant un « dogme » ou une pétition de principe que le surnaturalisme ; les raisons que l’on a pour croire qu’il n’existe qu’un seul monde, le monde naturel, ne sont pas meilleures que les raisons que l’on a de croire qu’il y en a deux. Dans les deux cas, le monde naturel se comporterait exactement de la même façon qu’il se comporte actuellement. En tant que projet de recherche cherchant à comprendre ce monde naturel dans lequel on vit, par contre, c’est un « dogme » diablement plus efficace que l’autre par contre.

Je trouve assez désolante la couverture médiatique que donne le Journal de Montréal en pages 6 et 7 de son édition du matin du 10 novembre 2011. Il me semble qu’implicitement, on comprend que le Journal est en faveur de la hausse des frais de scolarité. En soi, bien que je ne partage pas cette opinion, ce n’est pas ce qui me démange. Non, ce qui me démange, c’est que ce n’est pas explicitement indiqué. Tout ce qu’on a, ce sont deux articles en apparence « neutres » sur la question, deux articles qui semble essentiellement nous « informer » de choses qui méritent notre attention. Pourtant, clairement, on véhicule une opinion : la façon d’écrire et de présenter les articles en témoigne.

En page 7, on indique que les responsables étudiants de l’ASSÉ, de la FECQ et de la FEUQ ne représentent pas bien les étudiants parce qu’ils étudient à temps partiel ou par correspondance. Le titre? ” Leaders étudiants peu occupés » (on peut lire l’article ici). Je ne sais pas pour vous, mais quand je lis ça, je lis « les leaders étudiants se pogne le beigne et demandent aux étudiants de se mobiliser, alors qu’eux-mêmes ne peuvent pas comprendre la réalité de ceux qu’ils représentent ». Je suis peut-être un peu de mauvaise foi, mais la journaliste l’est tout autant. Un passage en fin de texte est délicieux dans sa structure :

«Il faut faire des sacrifices dans la vie. Je ne suis pas sûr d’être toujours bien représenté avec des gens qui ont deux cours par session», a dit au Journal Marc-Antoine Fortin, un étudiant de l’UQAM rencontré plus tôt cette semaine.

Cet avis est loin d’être partagé par les chefs de file du monde étudiant qui croient au contraire que leur longue expérience scolaire les aide à rester «connectés» sur la réalité étudiante.

«Je sais de quoi je parle»

«J’ai passé deux ans sur les bancs d’école. Je sais de quoi je parle», affirme Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ, qui étudie par correspondance au Cégep de Saint-Hyacinthe à temps partiel.

Remarquez comment elle souligne la « longue expérience scolaire » invoquée par les responsables des mouvements étudiants juste avant d’en citer un qui parle de ses « deux années sur les bancs d’école », puis de rappeler qu’il étudie à temps partiel par correspondance. Ni vue, ni connue, elle discrédite leur argument en le présentant de façon absurde. « Longue expérience » accolée à « deux ans », quand on ne prend pas la peine de considérer que deux ans de cégep, pour un jeune de 19 ans (ben oui, il a 19 ans), ça représente un DEC complété par un étudiant qui n’a jamais cessé ses études. On s’entend, pour représenter les étudiants de cégep, un jeune de 19 ans qui a complété son DEC, c’est pas pire.

Page 6 [on peut lire l'article en ligne ici], après une photo qui fait la moitié de la hauteur de la page (pas en largeur; l’article se trouve à droite d’un billet de Richard Martineau qui prend le tiers gauche de la page) accompagnée de « ce que dit le courriel du prof » («Si vous assistez à cette activité, il y aura une question bonus lors de votre prochain examen. Bonne fin de journée!») et du message de l’association des étudiants invitant les élèves à prendre un bus pour Montréal pour manifester, on titre « Boni pour être à la manif? » Le chapeau (vous savez, ce texte généralement en gras qui précède l’article lui-même) indique :

QUÉBEC | Des étudiants de Québec qui se rendront à la manifestation de Montréal, aujourd’hui, visant à dénoncer la hausse des frais de scolarité, auront l’occasion d’accumuler des points en répondant à une «question bonus» sur le sujet.

Je lis cela, et je me dis « voyons donc, il y a un problème d’abus d’une position d’autorité. Un prof de cégep, même s’il est contre la hausse des frais de scolarité, ne peut pas encourager ses étudiants à se présenter à une manifestation en échange de points dans son cours. Indiquer son point de vue est une chose; gonfler artificiellement les rangs d’une cause que l’on défend en est une autre. » Ou quelque chose dans la même veine.

Je continue ma lecture; au 3e paragraphe, on m’indique que c’est dans le cadre d’un cours de science politique intitulé « Mondes et pouvoir ». Au 5e, on apprend que la direction du collège n’a pas autorisé la levée de cours… En fait, en lisant de façon plus pointilleuse, on apprend plutôt qu’une étudiante a dit que la direction du collège ne l’a pas autorisé. Le journaliste, Jean-Luc Lavallée, aurait pu aller vérifier cette information, mais l’a omis. Il aurait été bien de vérifier avec l’administration puisqu’on peut par contre lire ceci sur le site de l’association étudiante de ce cégep :

Pour l’Administration du Collège, « advenant une manifestation significative devant le Collège, et soucieuse de s’assurer de la sécurité et de l’intégrité des membres de son personnel, de ses étudiants, de ses équipements et de ses installations, la direction pourra suspendre les activités du Collège. » La décision de la Direction sera annoncée à 7 h. Considérant la position de l’Administration, nous invitons les étudiants et les étudiantes à venir manifester dès 6 h 30 devant le pavillon A pour dénoncer les hausses des frais de scolarité.

Aux paragraphes 6 et 7, on apprend que les points bonis offerts seront 3 points ajoutés à la note d’un examen en valant 15, soit 20% de la note. Après la lecture de 7 paragraphes (qui, il faut le souligner, dépasse rarement une phrase ou deux), si je ne suis pas allé vérifier la véracité de certaines informations véhiculées par le Journal, je m’imagine un prof de science politique qui encourage fortement ses étudiants à « ne pas se rendre en classe » pour participer à une manifestation contre la hausse des frais de scolarité. Je m’imagine un prof qui abuse clairement de sa position d’autorité.

À partir du 8e paragraphe (après le sous-titre en gras « Pas d’incitation »), on commence à replacer ça en contexte. 8e paragraphe donc : « L’enseignant expérimenté se défend d’avoir incité les étudiants à participer à la manifestation. » Selon ce que je viens de lire, ma réponse spontanée nage dans les eaux de « yeah, right, essaie donc de me faire croire à ça. » 9e, il admet que le courriel a pu être mal interprété, mais qu’il a donné des indications claires en classe. Encore une fois, avec ce que je viens de lire, je ne vois pas le manque d’interprétation : il donne des points bonus pour participer à une manif, bâtard!

Ce n’est qu’au 10e paragraphe (enfin! l’article comporte 12 paragraphes) qu’on peut vraiment dire que la remise en contexte arrive. Au 10e paragraphe, on apprend que les étudiants avaient le choix parmi 3 activités, dont la manifestation (une conférence sur le droit international et une conférence d’Amir Khadir sur les droits de scolarité étaient les 2 autres choix). 11e paragraphe, le prof explique que personne ne sera pénalisé s’il ne va pas à la manifestation, et que les points seront attribués non pas pour la simple participation, mais pour avoir produit « une synthèse critique selon des critères bien précis. » Le 12e et dernier paragraphe montre que la direction du collège défend la démarche du prof.

Je n’ai bien entendu pas lu le plan de cours ou la description de l’activité proposés par ce prof, mais étant moi-même prof de philo au cégep, je saisis ce qu’a probablement été le projet : le cours porte sur les pouvoirs politiques (la description – un peu vague j’en conviens – du cours est ici) et le prof a demandé à ses étudiants de faire l’analyse d’une situation réelle où ces pouvoirs sont en action pour montrer qu’ils comprennent la matière. Rien à redire ici. La première moitié de l’article, plus le texte accompagnant la photo, plus le titre, laissent croire qu’on a affaire à une situation d’abus de pouvoir crasse; le dernier quart de l’article nous fait comprendre que ce n’est pas du tout le cas. On a fabriqué un scandale, citations d’étudiants à l’appui (qui, on l’a vu, ne sont pas particulièrement fiables pour décrire les faits), qu’on dégonfle en fermeture.

Belle job de journalisme.

Critiquer Nathalie Elgrably-Lévy serait une totale perte de temps si elle ne disposait pas d’une tribune si importante au Journal de Montréal et de Québec. Ce qu’elle raconte est tellement pauvre et tributaire d’une idéologie sacrifiant tout sur l’autel du développement économique que c’en est presque drôle. Voyez comme elle nous a démontré que l’imposition du salaire minimum empêche les “travailleurs moins productifs” (essentiellement les jeunes) de travailler et les enferme dans un cercle vicieux où ils ne peuvent pas gravir les échelons salariaux. En effet, rien ne permet à quelqu’un d’améliorer sa qualité de vie comme pouvoir travailler pour un salaire de misère en attendant de devenir, je ne sais pas, électricien. À moins que sa finale, quand elle soutient que la “seule véritable solution à l’amélioration du niveau de vie passe par l’instruction et l’expérience” signifie que l’on doive aussi rendre l’éducation très abordable ou même totalement gratuite (comme… hum… Cuba, tiens!), ce qui m’étonnerait énormément, je vois bien mal en quoi l’abolition d’une mesure qui limite l’exploitation des citoyens (et non pas à éliminer la pauvreté, comme elle l’annonce) pourrait améliorer la qualité de vie de la population.

Sa dernière chronique à ce jour critique à couvert le mouvement “Occupons Montréal” et plus généralement tous ceux qui sont rattachés à “Occupy Wall Street“. Je dis “critique à couvert” car elle nuance, à juste titre (reconnaissons tout de même ses bons coups) :

Nous constatons également que parmi votre groupe, plusieurs organisateurs tiennent un discours d’inspiration socialiste ou communiste.

En revanche, il est clair qu’une bonne partie d’entre vous fait simplement partie, et à juste titre, des citoyens excédés par le népotisme, le clientélisme et le copinage éhonté entre le pouvoir et le monde des affaires. Vous êtes jeunes et inquiets pour votre avenir.

Le reste de son texte présente essentiellement des problèmes sévères et des atrocités commises par différents régimes communistes. On pourrait dire que son article est une critique du communisme. Après tout, vers la fin, elle rappelle :

Indignés de Wall Street, vous êtes en droit de protester et de réclamer des changements. Mais de grâce, renseignez-vous sur la folie meurtrière et les ravages du communisme.

Qui critique-t-elle? Ceux qui exigent l’abolition du marché et la nationalisation des échanges économiques? Ceux qui demandent que le gouvernement prenne tout en main et élimine le droit à la propriété privée et à la création d’entreprises? Si ce qu’elle implore, c’est de ne pas demander de remplacer une structure où les financiers peuvent profiter et abuser des travailleurs par un système où le gouvernement le peut, elle marque un point. Le communisme totalitaire, ce n’est pas une solution. Mais qui exige cela? Probablement un très, très petit nombre de ceux qui grossissent les rangs de ce mouvement qui prend de l’ampleur.

Le mouvement demande que des mesures soit prises pour mieux distribuer la richesse (et surtout du pouvoir) des plus riches aux plus pauvres. Comment y arriver? Je présume que des règles plus strictes imposées au monde de la finance et du financement des partis politiques seront nécessaires. Avec son texte, j’ai bien l’impression que l’auteur assimile ces idées “d’inspiration socialiste” aux goulags et aux famines planifiées soviétiques. Qu’on se comprenne bien : entre imposer des règles plus strictes pour limiter l’influence des riches et puissants sur les décisions politiques et établir un régime totalitaire communiste, il y a un monde. Laisser sous-entendre que ces mesures sont comparables à celles demandant “la négation de la propriété privée et [...] la centralisation aux mains de l’État des moyens de production, du crédit, des moyens de transport, des infrastructures, des logements, etc” est au mieux simplement ridicule et au pire carrément malhonnête. C’est comme si on disait que de permettre les combats de boxe est dans la même veine que de forcer tous les citoyens à se battre entre eux dans la rue. Que de permettre l’avortement revient à forcer toutes les femmes à tuer leurs enfants. Que de permettre à Nathalie Elgrably-Lévy de diffuser son opinion force la population à la partager sous peine d’emprisonnement et de mort. Rien, mais rien à voir.

Elle nous met en garde contre le “charlatanisme idéologique” (ironie, quand tu nous tiens) de ces “organisateurs [qui] tiennent un discours d’inspiration socialiste ou communiste.” Je serais curieux de connaître ses propositions pour réduire les problèmes de “népotisme, le clientélisme et le copinage éhonté entre le pouvoir et le monde des affaires” qui, de son propre aveu, sont des sources de mécontentement justifiées. Les propositions de celle qui soutient que “l’allégement des fardeaux fiscal et réglementaire est à la crise économique ce que le défibrillateur est à la crise cardiaque“. On sait très bien que la dérèglementation fait des miracles pour la qualité de vie des citoyens travaillant dans les maquiladoras du Mexique, qui sont totalement libres de faire la file des heures durant aux portes d’une entreprise qui leur permettra peut-être de travailler 60 à 70 heures par semaines pour un salaire ne couvrant pas leurs besoins de base dans des conditions de travail hautement nocives.

Je pose donc la question : maintenant que vous leur avez démontré que le totalitarisme communiste n’est pas la solution (une sacré chance, d’ailleurs, parce qu’ils allaient certainement tomber dans le panneau!), que devraient exiger les “indignés” pour rétablir une plus grande justice sociale, Madame Elgrably-Lévy?

Je trouve particulièrement triste ce mouvement en réaction face au « we are the 99 % ». Triste pourquoi?

Triste parce que la plupart des personnes qui publient là sont des gens qui bénéficieraient justement d’une distribution des richesses plus importante, d’une plus grande justice sociale. La plupart sont des gens qui ont vécu ou qui vivent une vie difficile, sans assurances pour défrayer les coûts qu’imposeraient leurs soins de santé. Ce sont eux qui soutiennent que le mouvement de occupy Wall Street est inutile, contre-productif, antiaméricain, et généralement le fait de gens paresseux. C’est très triste, à mon avis, que des victimes d’un système injuste en soient d’ardents défenseurs. Est-ce que ça existe, un « syndrome de Stockholm social »?

Les 53 % s’imaginent que l’on peut se sortir de situations difficiles en travaillant fort, en se prenant en main et en étant responsable; ils en sont d’ailleurs dans bien des cas la preuve vivante. Les 99 % disent que c’est injuste que certaines personnes aient besoin de travailler 60 heures par semaine pour être à peine en mesure de payer un loyer modeste alors que d’autres font plus d’argent qu’eux simplement en récoltant les intérêts de leurs placements; que c’est injuste que la classe moyenne ait à payer un pourcentage d’impôts plus élevé que les riches (et super riches).

Les 53 % m’attristent parce qu’ils s’imaginent que d’être en faveur d’une de ces propositions implique qu’on doit être en désaccord avec l’autre. Comme s’il était impossible de valoriser le mérite individuel ET une la recherche de justice sociale. C’est pourtant le contraire : l’histoire du progrès social en est une de chaudes luttes, pas d’offrandes généreuses et gratuites. Contrairement à ce que les 53 % semblent supposer, ceux qui réclament une distribution de la richesse plus égalitaire ne sont pas une bande de fainéants refusant de travailler (quoi qu’il y en ait, certainement qui le sont), et ceux qui vivent dans l’opulence ne l’ont pas obtenus uniquement grâce à la sueur de leur front (quoi que l’effort ait joué un rôle prépondérant dans certains de ces cas). Contrairement à ce que les 53 % semblent supposer, demander un système où les moins bien nantis n’ont pas une vie aussi difficile ne dévalorise aucunement le mérite de leurs actions, de leur succès face à l’adversité.

Quand je lis ces 53 %, je vois un groupe de personnes qui ont réussi à vivre malgré les difficultés, soit en les vainquant, soit en les acceptant. Je vois des gens de caractère, et je les applaudis pour cela. Je les applaudis de la même façon que j’applaudis les personnes qui retrouvent le goût et la force de continuer à vivre après avoir perdu un enfant à cause de la maladie, d’un chauffard ivre ou d’un pédophile. Je serais franchement surpris d’entendre un parent endeuillé reprochant à d’autres parents endeuillés de se battre pour de meilleurs traitements; d’en voir accuser d’autres dans sa situation d’être « paresseux » et « chialeux » quand ils militent pour des mesures plus strictes concernant l’ivresse au volant; d’en écouter un prendre la défense des pédophiles en disant que c’est aux parents de vivre avec eux, pas à la société de les empêcher de sévir.

Franchement, les 53 % me surprennent.

Transparence totale : j’ai une amie qui travaille au Devoir ; j’en ai un autre qui travaille pour Musicor.

La Liberté guidant le peuple, par Eugène DELACROIX

On ne peut parler du Devoir sans dire un mot de sa structure de propriété particulière qui fait du directeur le seul maître à bord. C’est en ce sens que le quotidien s’est toujours vanté d’être « indépendant », en comparaison aux autres quotidiens du Québec qui appartiennent à des entreprises privées. C’est une façon, agaçante il faut le dire, de regarder de haut les journalistes des journaux concurrents, en particulier les chroniqueurs et éditorialistes, comme si ceux-ci étaient incapables de penser par eux-mêmes, réduits à être les porte-voix de quelque pouvoir financier. — André Pratte, La Presse

Je profite du 100e anniversaire du Devoir pour aborder la question importante de l’indépendance des médias — indépendance à l’égard des partis politiques, des compagnies et plus généralement des forces sociales, politiques et économiques qui façonnent notre monde. Au sein de notre démocratie, cette indépendance est nécessaire : en effet, le rôle que doivent assumer les médias est celui de transmettre l’information à la population qui, elle, agit selon ce qu’elle considère être bien en fonction des informations qu’elle possède (par exemple en votant pour tel ou tel parti, en boycottant tel ou tel produit, etc.) Les médias sont en quelque sorte les yeux et les oreilles des citoyens qui pilotent ensemble ce gros bateau qu’est notre société. On veut évidemment éviter que les informations qui nous parviennent soient au préalable filtrées par divers intérêts qui préfèrent qu’on ignore ce qui les indispose et que l’on considère plus sérieusement ce qui est à leur avantage.

Au Québec, 52,3 % du tirage des quotidiens francophones sont possédés par la compagnie GESCA (Power Corp.) — dont La Presse et Le Soleil — et 44,7 % sont possédés par l’empire Québécor — dont Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec (tableau p. 3-4). Après un savant calcul, vous savez maintenant que 97 % des journaux distribués quotidiennement en français sont entre les mains de deux compagnies privées. Si vous n’y voyiez aucun problème en ce qui concerne la qualité et l’impartialité de l’information qu’une telle concentration de la propriété des médias peut impliquer, imaginez qu’à la place de deux compagnies, ils étaient possédés par deux partis politiques. Toujours convaincu qu’il n’y a aucun problème ?

En revanche, si vous êtes inconfortable devant ces chiffres, vous semblez avoir raison : selon une synthèse des travaux faits à propos de la concentration des médias, « [l]a majorité des auteurs que nous avons recensés estiment, malgré les difficultés à établir clairement les effets de la concentration de la propriété sur la diversité et le pluralisme, que le contrôle des médias ne doit pas être exercé par un trop petit nombre de personnes ou de sociétés qui, ainsi, pourraient transformer cette mainmise économique influence politique indue. » Ils rappellent que ce n’est pas parce que certains possèdent un pouvoir sur l’information qu’ils vont l’utiliser. Il est important, à mon avis, de ne pas sombrer dans des théories du complot même s’il est essentiel de reconnaître que certains puissants ont effectivement un certain pouvoir concernant l’information qui parvient à la population.

M. Pratte soulève un élément intéressant quand il affirme que les journalistes sont capables de penser par eux-mêmes et ce peu importe qui signe leur chèque de paie. J’ose présumer qu’il a raison. J’espère sincèrement que les journalistes les plus lus ne sont pas forcés, muselés ou autrement censurés par des propriétaires ayant leurs intérêts en tête. Cependant, je crois que l’information transmise est tout de même biaisée ; la raison n’est pas qu’on influence directement les journalistes, mais que les journalistes les plus entendus sont ceux dont les idées s’alignent généralement avec celles des élites. La structure des médias filtre par elle-même les opinions qui seront transmises selon les opinions de qui la possède. Noam Chomsky et Edward Herman avancent une telle thèse appuyée par une analyse de la couverture médiatique (américaine) de divers événements dans leur livre La Fabrication du consentement (que je viens de me procurer mais n’ai malheureusement pas encore lu) ; Normand Baillargeon résume ainsi leurs conclusions :

Qu’il s’agisse de commerce, de libre-échange, d’accords internationaux, de mondialisation de l’économie, de la décision d’entrer ou non en guerre, de politique internationale et nationale, de questions relevant du bien commun, de la santé, de l’écologie ou de l’éducation, au fil des ans, avec une constance aussi prévisible que remarquable, les grands médias corporatistes ont, sur chacun de ces sujets et sur mille autres aussi cruciaux, tendu à exposer, défendre et propager le point de vue des élites qui possèdent ces mêmes médias et des élites politiques qui est bien souvent exactement le même. » Petit cours d’autodéfense intellectuelle, p. 294-295.

L’intérêt d’un quotidien indépendant comme l’est Le Devoir n’est donc pas qu’il accorde une plus grande liberté à ses journalistes que ses concurrents possédés par de grandes corporations ; ils l’offrent probablement tout autant l’un que l’autre. Ce n’est même pas qu’il n’impose pas de filtres éditoriaux comme ses concurrents il en a probablement autant (« Quand Henri Bourassa fonde son journal, il y a un siècle, le marché des quotidiens montréalais est déjà encombré. Le sien sera nationaliste, catholique et indépendant. » — Stéphane Baillargeon, Le Devoir). Son intérêt vient du fait que la liberté de ses journalistes est offerte par quelqu’un d’autre ; que ses filtres sont différents de ses concurrents ; qu’il offre une vision alternative de ce qui vaut ou non la peine d’être transmis. Finalement, puisque c’est un quotidien écrit et révisé par une équipe de journalistes, il offre tout cela avec une certaine garantie de rigueur. Ce dernier élément est à mon avis de toute première importance : notre ère de « démocratisation de l’information » rendue possible par le web 2.0, chacun peut s’abreuver en information à des sources alternatives ; si ces dernières peuvent relativement facilement se targuer d’offrir de l’information indépendante, il leur est bien moins aisé (voire impossible) de nous garantir un certain degré de rigueur intellectuelle qu’un journal sérieux se doit d’assurer. Ce n’est évidemment pas une garantie tout risque, loin de là ; mais c’est le mieux qu’on peut espérer.

En nous souhaitant encore longtemps être Libre de penser, au Devoir et ailleurs.

Toujours vivant

Juste un mémo pour vous dire que je suis actuellement dans l’impossibilité d’écrire quoi que ce soit d’instructif. Je suis malade, je travaille beaucoup, et en plus, je ne peux plus m’empêcher de regarder ça.

Je reviens bientôt. Cette semaine, j’espère! En attendant, jetez un oeil sur la blogoliste à gauche!

L1A1 Sniper Rifle, par burned leg
L1A1 Sniper Rifle, par burned leg

Le registre canadien des armes à feu est remis en cause : « [l]e projet de loi C-391 [...] vise à éliminer l’enregistrement des armes d’épaules et à supprimer les données actuellement incluses dans le registre. » (Radio-Canada) Les conservateurs justifient ce projet par 3 arguments : le registre est inefficace, il est coûteux et il est inutile puisqu’il « cible d’honnêtes agriculteurs et chasseurs, et non pas les dangereux criminels armés » (site officiel PC).

Même s’il semble convaincant, l’argument de l’inutilité est fallacieux pour 2 raisons. Premièrement, il rejette une solution (le registre) sous prétexte qu’il ne résout pas un problème particulier (celui des armes illégales) sans vérifier si la solution ne s’applique pas à un autre problème. Supposons pour l’instant que ce soit effectivement le cas et que le registre ne contribue nullement à réduire le nombre d’armes à feu illégales au pays. L’objectif du registre serait alors de règlementer la possession d’armes à feu afin d’en réduire l’accessibilité, ce qui aurait pour effet de réduire le taux de décès lié aux armes à feu. En effet, selon un article disponible sur le site de la santé publique du Canada (ASPC) :

Plusieurs chercheurs ont mis en évidence de fortes corrélations entre l’accès aux armes à feu et les taux de décès dans divers contextes [essentiellement les homicides, suicides et accidents]. Si certains soutiennent que rien ne prouve l’existence d’un tel lien ou vont jusqu’à affirmer que la présence d’armes à feu aide à réduire le crime et la violence, la majorité des auteurs scientifiques se prononcent cependant en faveur de la thèse de l’accessibilité. (Conclusions)

Le problème réglé par le registre serait donc lié aux décès survenus avec le concours d’armes légales, pas illégales. Ce problème serait réel, et il appert que le registre réussit à l’atténuer.

Deuxièmement, l’argument est fallacieux parce qu’il sous-entend que le registre ne cible pas les « dangereux criminels » en ne s’attaquant pas aux problèmes des armes illégales. Pour la démonstration précédente, nous avions supposé que cela était vrai. Cette supposition se révèle en fait fausse. En effet, Ian Atkins, commissaire adjoint de la GRC, souligne que « les armes à feu illégales débutent en étant des armes à feu légales. Sans des régulations strictes sur les armes à feu légales, on ne peut empêcher leur passage vers le marché illégal. » (Traduction libre.) Il s’inscrit dans la même ligne de pensée que l’ONU qui, inquiété par « par la circulation des armes à feu des régions non réglementées vers les régions réglementées » (ASPC, Les résolutions et les ententes internationales), a fait adopter une résolution suggérant une réglementation nationale quant aux armes à feu. Le registre canadien proposait déjà ce que la résolution suggérait. Renoncer à ce registre des armes d’épaule serait donc un pas en arrière par rapport aux résolutions de la communauté internationale « encourageant tous les pays qui ne l’ont pas encore fait à resserrer leurs mesures de contrôle des armes à feu » (ASPC, Conclusions).

Face à l’argument conservateur affirmant que le registre est inutile parce qu’il ne contribue pas à régler le vrai problème, on peut affirmer en retour qu’il contribue à régler en fait un autre problème… ah oui, et qu’il contribue aussi à régler le vrai problème.

L’argument montrant que le registre est inefficace est fondé sur l’observation qu’il ne réussit pas à remplir son mandat de réglementation. Selon les conservateurs, « [l]‘information que renferme le registre des armes d’épaule est souvent erronée, à la fois sur les individus et les armes »; de plus, « moins de la moitié des armes d’épaule possédées légalement au Canada ont été enregistrées » (Site officiel PC). Bref, le registre contient des erreurs et est incomplet. C’est peut-être effectivement le cas. Tout comme c’est probablement le cas que le registre est très dispendieux, à tout le moins beaucoup plus dispendieux que ce qu’on avait annoncé au départ (le site officiel du PC affirme que « le gouvernement libéral de l’époque avait dit aux Canadiens que le registre des armes d’épaule ne coûterait que 2 millions de dollars. Cependant, ce montant atteint maintenant des milliards. ») Le registre est inefficace? Il est trop dispendieux? Je ne sais pas exactement dans quelle mesure, mais d’accord. Il remplit mal son rôle et nous coûte trop cher. La solution des conservateurs est de « de mettre un terme au registre des armes d’épaule » (le site officiel du PC). On jette le bébé avec l’eau du bain. Il y a encore beaucoup de chauffeurs ivres; on n’élimine pas les solutions, on les révise et les améliore. Il y a encore beaucoup de transmission de ITSS; on n’élimine pas les solutions, on les révise et les améliore. La solution évidente à adopter serait donc plutôt de réviser et d’améliorer le registre pour en réduire les coûts et en élargir la portée, pas de s’en débarrasser sans le remplacer par une meilleure solution.

Le registre est peut-être inefficace et trop coûteux dans sa forme actuelle, mais il est loin d’être inutile. Le gouvernement devrait s’attaquer à ces problèmes en proposant des solutions adéquates. Les conservateurs semblent préférer s’enfouir la tête dans le sable et ignorer le fait que « [l]es décès et les blessures causés par les armes à feu au Canada posent un problème grave qui, de l’avis de nombreux chercheurs et praticiens, pourrait être atténué par des stratégies efficaces de santé publique faisant intervenir tant la législation que l’éducation et l’application ». (ASPC, Conclusions)

(Ajout 04/11-09, 21h41)

Le vote est passé. Le projet de loi devra donc être discuté en chambre. Espérons que cela éclairera tout le monde vers une solution plus adéquate.

On raconte que le vote montréalais a été divisé. Certains disent qu’on a réélu « un maire à la crédibilité entachée dont plus de 60 % des électeurs ne voulaient pas ». Vraiment? Pourquoi a-t-il été réélu, alors? On peut se ranger du côté de certains qui « blâment le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, pour avoir refusé une alliance avec Vision Montréal le printemps dernier. » Pas moi. Je ne vais pas non plus rejeter le blâme sur le système électoral québécois, le fameux et dépassé scrutin majoritaire uninominal à un tour (le SMU1T, prononcez smuit parce que ça fait plus beau) qui permet difficilement à plus de deux partis de faire campagne en même temps.

Tout est beau à Montréal

Je préfère nous renvoyer la balle. À nous, électeurs montréalais. M. Foglia nous rappelle que le maire Tremblay a été élu, « tout bien calculé, que par 13 % des Montréalais ». Je suis en désaccord, M. Foglia. Nous sommes au Québec, ici, pas en Afghanistan. Voter ne met pas notre vie en danger. Aller cocher un, deux, trois petits papiers et les déposer dans une boîte en carton n’est pas très risqué. On a même droit à une libération de 4 heures de travail pour se prémunir de notre droit de vote. Pour ne pas aller voter au Québec, M. Foglia, il faut le vouloir. En pleine tempête de mois de janvier, je ne dis pas. Mais un 1er novembre? Il faut vouloir ne pas se déplacer. Il faut vouloir rester à la maison, au bar, chez les copains, peu importe, il faut vouloir ne pas aller au bureau de scrutin, M. Foglia. Ce 1er novembre, plus de 60 % des Montréalais ont voulu ne pas aller voter. Plus de 60 % des Montréalais ont affirmé que la personne responsable de leur ville ne leur importait pas. Qu’ils allaient prendre ce qui passerait.

Vérifiez vos maths, M. Foglia. Parce que tout bien calculé, le maire Tremblay a été élu par plus de 73 % des Montréalais.

Bien hâte de voir ce que ça donnera demain.

Étape 2 du débat autour de la campagne de vaccination contre la grippe A : le débat autour de la vaccination spécifique à la pandémie de H1N1.

Définissons d’abord ce qu’est exactement une pandémie :

Une pandémie, c’est la propagation à l’échelle mondiale d’une maladie particulière contre laquelle les gens ont une immunité faible ou nulle. [...] [D]e trois à quatre fois par siècle, pour des raisons inconnues, un changement radical du virus grippal A peut survenir et causer l’éclosion d’une nouvelle souche. Étant donné que les gens n’ont aucune protection contre la nouvelle souche, elle peut se répandre rapidement dans le monde entier et donner lieu à ce qu’on appelle une pandémie. Le virus de la grippe pandémique entraîne souvent de graves complications chez des personnes en santé, notamment la pneumonie ou la mort. Les trois dernières pandémies sont survenues en 1918-1919, en 1957-1958 et en 1968-1969. (ASPC — Agence de la santé publique du Canada)

On a donc affaire, dans le cas de la grippe A H1N1, à la propagation d’un virus contre lequel l’immunité de la plupart des gens est faible ou nulle. Les risques de complications sont donc plus élevés, même si à l’heure actuelle, cela n’est pas (encore) démontré (espérons que cela reste ainsi). Considérant ce que j’ai présenté lors de mon dernier billet, un vaccin pourrait réduire grandement les problèmes liés à la pandémie. Ce vaccin existe. Cependant, il est spécifiquement critiqué.

3 raisons sont généralement invoquées par ses détracteurs, bien résumées par Jacques Boisvert, microbiologiste :

  • On ne connaît pas bien ses effets secondaires.

Effectivement, ce vaccin n’a pas été utilisé massivement encore à travers le monde,  les seules « données cliniques chez l’humain provenant d’une étude de petite envergure sur l’innocuité et l’immunogénécité qui indiquent que le vaccin contre la grippe H1N1 est sûr et que la dose ainsi que la posologie choisies permettent d’induire une réponse immunitaire » (ASPC question 9, je souligne).

Cependant, « [e]n raison de l’évaluation prépandémique approfondie dont a fait l’objet le prototype de vaccin contre le virus (H5N1), une grande partie du travail nécessaire à l’autorisation du vaccin contre la grippe pandémique a déjà été effectuée. Les dernières données nécessaires à l’autorisation du vaccin contre le virus H1N1 ressemblent à celles qui sont requises chaque année pour approuver le vaccin contre la grippe saisonnière au Canada. » (ASPC question 10, je souligne.) De plus, le risque est reconnu par les autorités compétentes comme purement théorique, c’est-à-dire qu’il est possible qu’il soit réel, mais que rien n’indique pour le moment que ce soit le cas.

  • La vaccination est un risque inutile, puisque la maladie ne pose pas de danger sérieux.

Selon le site pandémiequébec (PQ), en effet, « la virulence de la grippe A (H1N1) se compare pour le moment, globalement, à celle de l’influenza saisonnière. » Pourquoi se faire vacciner alors si l’on ne se fait habituellement pas vacciner contre la grippe saisonnière?

Premièrement, parce que vous pouvez désormais être considéré comme un groupe « à risque » alors que vous ne l’étiez pas pour la grippe saisonnière : « cette grippe affecte particulièrement des groupes de personnes qui, d’habitude, résistent bien aux virus grippaux, comme les adolescents ou les adultes de moins de 50 ans normalement en bonne santé. » (PQ) De plus, en vous faisant vacciner, vous rendez la campagne de vaccination plus efficace (j’ai expliqué cela dans un autre billet). Deuxièmement, « [l]e virus de la grippe A (H1N1), en se répandant dans le monde, voit se multiplier les occasions de muter et de se réassortir, et pourrait acquérir, ce faisant, une virulence plus grande que celle observée actuellement » (PQ). La vaccination, en réduisant le nombre de malade, réduit la propagation, donc les chances de mutation. Troisièmement, si le virus venait réellement à muter, le vaccin pourrait théoriquement avoir « au moins une efficacité partielle contre une souche modifiée (dérivée) du virus de la grippe H1N1. » (ASPC, question 12.)

  • Le vaccin a été produit dans la hâte, ce qui met en doute la qualité sanitaire de chacun d’eux.

Des risques peuvent exister. Cependant, la hâte dont il est question ici ne semble pas affecter la qualité du vaccin : « [n]ous voulons terminer notre travail dans les plus brefs délais. Or, quand nous prétendons que nous accélérons le processus, cela veut dire en fait que nous voulons rationaliser le processus bureaucratique; il n’est pas question en effet de nuire à la qualité et à l’innocuité des vaccins. » (Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS.) D’autant plus que « [l]e Canada est l’un des rares pays au monde ayant pris les mesures voulues pour qu’un fabricant de vaccin mettre au point et fournisse un vaccin contre l’influenza pandémique dès qu’une nouvelle souche en cause sera identifiée grâce à un contrat de dix ans conclu en 2001 entre le gouvernement du Canada et ID Biomedical. » (INSPC) Le risque d’avoir affaire à un vaccin bâclé me semble assez faible, puisque nous semblons assez bien préparés à affronter une telle situation.

Il semble donc que 2 arguments contre la vaccination tiennent aux risques hypothétiques évalués : effets secondaires théoriques du vaccin et risque hypothétique de vaccins encore dangereux, parce que mal produits en laboratoire. Après mon évaluation, ils me semblent assez faibles. L’autre argument vient de l’évaluation réelle du risque de la maladie, qui est relativement faible. Cependant, le risque réel du vaccin est tout de même plus faible que celui de la maladie, même si cette dernière n’est pas très dangereuse : « [e]n date du 24 octobre 2009, un total de 1 779 cas hospitalisés dont 351 cas admis aux unités des soins intensifs (USI) et 185 cas ayant nécessité la ventilation de même que 92 décès ont été signalés depuis le début de la pandémie. » (ASPC) Bien pire que les problèmes réels liés au vaccin, qui sont les mêmes que ceux du vaccin de la grippe saisonnière, qui n’a jamais provoqué un décès. Les arguments pour la vaccination, en plus du risque réel de la maladie, sont les risques théoriques de mutation.

Les risques théoriques et réels liés à la vaccination sont faibles; ceux liés à l’absence de vaccination, eux sont élevés. De deux maux, je prends le moindre. Vous devriez faire de même. Mais chacun son tour!

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