Réflexions d’une féministe française sur l’islam et l’égalité homme-femme (et autres liens pertinents)

(Indice : ça a rapport avec le double standard de la présentation des hommes et des femmes.)

« C’est quoi le rapport avec les superhéros? » – Aucune personne s’intéressant réellement à l’égalité homme-femme, jamais.

Quelques extraits choisis, mais allez lire en entier, c’est du bon : http://www.crepegeorgette.com/2013/09/13/le-marteau-feministe-et-lenclume-musulmane/ Lire la suite

Neutralité de l’état : une analogie

Image gouvernementale illustrant un des éléments de la Charte des valeurs québécoises (source : Huffington Post)

J’ai écrit un court billet récemment traitant de deux définitions possibles de la neutralité de l’état. Dans la même veine, voici une analogie pouvant peut-être éclairer le fait que pour que la neutralité de l’État ne passe pas nécessairement par l’uniformisation de l’image et, qu’en fait, procéder ainsi va parfois même à l’encontre d’une telle neutralité. Je sais bien qu’elle n’est pas parfaite et qu’elle masque certaines caractéristiques pertinentes qui concernent spécialement les croyances religieuses. J’y reviendrai. Lire la suite

Analphabétisme et liberté : le mythe du « doux sauvage »

L’étang, de Théodore Fourmois

Je viens de lire un bien drôle d’article dans Le Devoir : Défense de l’analphabète, de Jean-François Nadeau. Pour le résumer : l’alphabétisation massive des populations, contrairement aux promesses des tenants d’une telle mesure, n’est pas un moyen permettant aux gens d’accéder à la liberté, mais un moyen de maintenir les masses dans la servitude :

C’est un fait en général trop facilement oublié : l’émancipation annoncée par les chantres de l’alphabétisation fut aussi une mise en tutelle. Une tutelle parce que l’homme qui sait lire et écrire apprend d’abord et avant tout à se soumettre aux règles propres à satisfaire le monde tel qu’il va plutôt qu’à s’en libérer.

Soit on nous dit quelque chose de trivialement vrai, soit on use de raccourcis intellectuels importants quand on affirme une telle chose! Lire la suite

Les neutralités de l’état

Voici une petite idée pas particulièrement originale ni approfondie en ce dimanche après-midi.

La "neutralité de l’état" (par rapport à la religion) peut s’entendre au moins sous deux sens différents : l’image neutre que l’état projette et le critère d’embauche neutre qu’il utilise. J’ai l’impression que le projet de charte des valeurs québécoises du Parti Québécois (PQ) cherche à préserver le premier en sacrifiant (inutilement trop) le deuxième.

La neutralité d’image est celle que l’état projette. Si on voyait, par exemple, un symbole religieux sur les auto-patrouilles de la Sûreté du Québec (SQ) ou sur les factures d’Hydro-Québec, l’image que projetterait l’état ne serait pas neutre. Ces organisations ne représentent que l’état, rien d’autre, et l’état n’est le porte-étendard d’aucune religion (ou d’absence de religion), donc l’absence de symbole préserve cette apparence de neutralité. L’idée d’interdire le port de signes religieux ostentatoires chez les employés de l’état suit sensiblement la même logique : dans l’exercice de leurs fonctions, ils ne représentent que l’état, et la présence de symbole religieux irait à l’encontre de cette apparence de neutralité. (Je laisse l’histoire du crucifix à l’Assemblée nationale qui, bien que justifiée par le respect de la tradition, me semble être simplement contradictoire avec le principe à l’oeuvre.)

Je ne veux pas m’étendre sur ce sujet, mais soulignons que cette "neutralité d’apparence" est lourdement influencée par le contexte social et historique de l’état en question. Permettre aux femmes de porter le pantalon en public, il n’y a pas si longtemps, aurait été en soi un cas problématique. Aujourd’hui, permettre à un homme de s’habiller en femme le serait certainement. Ce ne sont pas des "symboles" religieux, mais ce sont néanmoins des symboles d’individualité qui vont à l’encontre des normes sociales prédominantes (au même titre que certains symboles religieux ostentatoires le sont ici aujourd’hui). Est-ce que l’apparence de neutralité de l’état passe par la permission de cela (l’état reste neutre par rapport au genre auquel un individu s’identifie, quel que soit son sexe biologique) ou par son interdiction (l’état reste neutre par rapport à ces débats sociaux, et ne permet donc pas à ses employés d’ouvertement prendre position là-dessus dans le cadre de leurs fonctions)?

La neutralité comme critère d’embauche est le fait que l’état, lorsque vient le temps d’embaucher quelqu’un, ne discrimine pas selon la religion (ou l’absence de) du candidat. Le principe est ici que l’état ne favorise pas (et ne défavorise pas) un groupe particulier de ses citoyens : tout le monde a la chance de travailler pour lui s’il le désire et s’il a les compétences requises.

Évidemment, jongler avec ces deux conceptions de neutralité est difficile : pour protéger l’un, il faut parfois sacrifier l’autre. Le PQ, avec son interdiction de port de symboles ostentatoires, protège l’image et sacrifie la neutralité d’embauche. Certaines religions (et l’absence de religion) n’exigent pas le port de symboles ostentatoires : cette obligation d’apparence de neutralité ne les empêche pas de respecter à la fois la directive tout en respectant leurs croyances. D’autres ne sont pas dans cette situation. La directive force les membres de ces communautés à sacrifier quelque chose : leur chance d’être embauché (ou même leur emploi) ou le respect de leurs croyances. L’apparence de neutralité, ici, se fait au détriment de la neutralité dans les critères d’embauche : tout le monde n’a pas la même chance.

Par analogie, imaginez que pour préserver l’image neutre de l’état, on interdise les cheveux longs. Tout le monde est physiquement capable de se couper les cheveux (comme chacun est physiquement capable de ne pas porter un symbole religieux), mais bien entendu, certains groupes n’auront pas de difficultés particulières à respecter cette directive (ils ont déjà les cheveux courts) alors que d’autres (ceux qui portent leurs cheveux longs) auront à sacrifier quelque chose. La neutralité d’apparence se fait au détriment de la neutralité dans l’embauche. La question à se poser ici me semble être : n’y a-t-il pas un moyen moins dommageable (pour la neutralité dans le critère d’embauche) de protéger l’apparence de neutralité de l’état que celle d’imposer les cheveux courts à tous les employés?

Je ne crois pas que toute interdiction concernant l’interdiction de symboles religieux soit illégitime. Il me semble que dans le cas de la religion comme dans bien d’autres, il faut se garder de la marge de manoeuvre afin de mieux gérer les situations particulières. Dans certains cas, le port de symboles ostentatoires peut vraiment être problématique; la majorité du temps, ces interdictions devraient être justifiées par d’autres critères que ce que représente le symbole (la sécurité au travail, par exemple). Loin de moi l’idée de laisser entendre qu’il n’y aura pas de jugements difficiles à rendre concernant cela.

Je ne cherche pas à dire que l’on doit toujours préserver la neutralité dans les critères d’embauche plutôt que celle de l’apparence. Cependant, il faut garder en tête que préserver la "neutralité’ de l’état est en soi une contradiction, puisque pour en protéger un aspect, il faut en sacrifier un autre. Il faut donc essayer, le plus possible, que cet exercice se fasse en sacrifiant le moins possible de "neutralité", tant d’apparence que dans le critère d’embauche. Une règle générale comme celle que semble préconiser le PQ me semble en sacrifier inutilement trop : on utilise un maillet alors que l’on a besoin d’un poinçon.

Injonctions et grève étudiante : est-ce le début de la fin?

Est-ce ainsi que se terminera cette grève étudiante, et par le fait même, la dernière grève étudiantes au Québec?

[Note : ce billet a été publié de façon privée le 3 avril. Je voulais recevoir des commentaires d'amis s'y connaissant en droit afin de m'assurer de ne pas dire n'importe quoi. Je les remercie pour leur temps et leurs commentaires judicieux. Voici donc la version finale. Bien entendu, ce billet n'engage que moi, toute erreur est entièrement ma responsabilité, et toute critique que vous auriez à adresser à cet article ne concerne que mes idées.]

J’ai exposé il y a quelques jours ma position à l’égard des droits « bafoués » par la grève étudiante. Sans surprise, tous ne la partagent pas. Il y a, à ma connaissance, trois demandes d’injonction interlocutoire provisoire qui ont été déposées pour interdire aux associations étudiantes de bloquer l’accès aux cours, et ce, malgré le mandat de grève qu’elles ont reçu démocratiquement de leurs membres. Cette demande est la première étape d’un processus qui pourrait mener vers une injonction interlocutoire proprement dite, puis une injonction permanente, selon l’information que je tire de cet article du Réseau juridique du Québec.

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Jean Laberge répond aux critiques de son dernier Devoir de philo

Quand on discute, Socrate est content.

Dans un billet précédent, j’ai sévèrement critiqué le Devoir de philo intitulé « Derek Parfit porterait le carré vert » de Jean Laberge, paru dans le Devoir du 17 mars 2012. Il me semble donc que c’est la moindre des choses de ma part de vous indiquer que l’auteur a publié une réponse à ses critiques, avant-hier sur son blogue. Elle s’articule en une réplique aux critiques que François Hudon lui adresse dans un article, « Droits de scolarité – Erreurs de logique et d’interprétation (Réponse au Devoir de philo de Jean Laberge) », paru lui aussi dans le Devoir le 22 mars 2012. J’ai déjà dit à M. Hudon, par un commentaire sous un de mes billets, que son article était très bon, et je n’ai pas changé d’avis. Lire la suite

La grève étudiante bafoue-t-elle le droit à l’éducation des étudiants? Partie 2 de 2 : la hausse des droits de scolarité bafoue le droits à l’éducation de bien pire façon que la grève étudiante

Vendredi dernier (dans la première partie de ce billet), j’ai amorcé ce billet en montrant que la question fondamentale que l’on doit se poser, c’est « la décision démocratiquement prise par une association étudiante de faire la grève, donc d’interdire à ses membres groupe d’assister à leurs cours, est-elle moralement justifiable? » J’ai ensuite soutenu que pour y répondre, on ne peut pas seulement évaluer si les droits de certains sont bafoués par la grève; il faut comparer l’importance des droits bafoués par le déclenchement de la grève à ceux de son rejet, et choisir l’option la plus respectueuse des droits de tous.

Je propose dans cette deuxième partie de montrer que les droits « bafoués » par la grève le sont de façon moins importante que ceux que bafoue son rejet. Mais juste avant, gâtez-vous avec un peu d’Infoman. :)

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